Transmettre ses bitcoins à ses proches : le guide pour ne rien perdre

Chaque année, des bitcoins disparaissent définitivement avec leur propriétaire. Pas à cause d’un piratage, mais simplement parce que personne ne savait où se trouvaient les clés, ni comment les utiliser. Le self custody vous rend souverain, mais il vous rend aussi responsable de la suite : que se passera-t-il pour vos proches le jour où vous ne serez plus là ? Voici un guide pratique, adapté au droit suisse et à la fiscalité valaisanne, pour transmettre vos bitcoins sans rien perdre.

Pourquoi tant de bitcoins sont perdus au décès

Avec une banque, les héritiers présentent un certificat d’héritiers et obtiennent l’accès aux comptes. Avec Bitcoin en self custody, il n’existe aucun guichet : celui qui détient les clés détient les fonds. Si la phrase de récupération (seed de 12 ou 24 mots) est introuvable, illisible, ou si personne ne sait qu’elle existe, les bitcoins restent bloqués pour toujours sur la blockchain.

Les causes les plus fréquentes sont toujours les mêmes :

  • Le secret absolu : le propriétaire n’a jamais parlé de ses bitcoins à sa famille.
  • Une seule copie de la seed, cachée si bien que personne ne la retrouve.
  • Une passphrase (25e mot) ou un code PIN connu du seul propriétaire.
  • Des héritiers sans connaissances techniques, qui ne savent pas ce qu’est un portefeuille ni comment restaurer une seed.

Comme nous l’expliquions dans notre article sur l’importance du self custody, être sa propre banque implique de penser à tout, y compris à sa succession.

Ce dont vos héritiers ont réellement besoin

Un bon plan de transmission répond à trois questions :

  1. Savoir : vos proches doivent savoir que vous possédez des bitcoins, et à peu près où (portefeuille matériel, application, plateforme).
  2. Accéder : ils doivent pouvoir retrouver la seed, l’éventuelle passphrase et le matériel, au bon moment, et pas avant.
  3. Comprendre : ils doivent disposer d’instructions simples, étape par étape, et savoir à qui (de confiance) demander de l’aide.

Règle d’or : ne mettez jamais votre seed en clair dans un testament. Un testament peut être lu par de nombreuses personnes lors de l’ouverture de la succession (autorité, notaire, tous les héritiers, voire des tiers). Écrire les 24 mots dans ce document revient à les donner à toutes ces personnes. Le testament doit plutôt mentionner l’existence des bitcoins et renvoyer à des instructions conservées séparément.

Les options pour organiser la transmission

1. La lettre d’instructions

C’est la base, et elle convient à la plupart des gens. Il s’agit d’un document rédigé pour vos héritiers qui explique : quels portefeuilles vous utilisez, où se trouvent les sauvegardes, comment restaurer un portefeuille, quels pièges éviter et à qui faire confiance. La lettre ne contient pas la seed elle-même ; elle indique où la trouver (par exemple un coffre, une plaque métal comme celles présentées dans notre guide sur les sauvegardes avec Hodlr Swiss). Mettez-la à jour à chaque changement de matériel.

2. Le multisig

Avec un portefeuille multisignature (par exemple 2-sur-3), il faut plusieurs clés pour dépenser. Vous pouvez répartir les clés entre vous, un proche et un lieu sûr. Aucune clé isolée ne suffit à voler les fonds, et la perte d’une clé n’est pas fatale. En contrepartie, le multisig est plus complexe : chaque clé doit être sauvegardée, ainsi que la configuration du portefeuille (le « descripteur »), sans laquelle les héritiers ne pourront pas reconstruire le portefeuille.

3. Les timelocks et portefeuilles d’héritage (type Liana)

Bitcoin permet de programmer des conditions temporelles. Des portefeuilles comme Liana utilisent ce principe : vous dépensez normalement avec votre clé principale, mais si les fonds ne bougent pas pendant une durée définie (par exemple un an), une clé de récupération détenue par un héritier devient valable. Tant que vous êtes là, vous « rafraîchissez » régulièrement les fonds et l’héritier ne peut rien faire. C’est une solution élégante, mais elle exige de la rigueur : oublier le rafraîchissement rend la clé de récupération active plus tôt que prévu.

4. La garde collaborative

Certains services proposent un multisig où vous détenez une partie des clés et un prestataire spécialisé en détient une, avec un processus d’héritage documenté. Vous gardez le contrôle, tout en bénéficiant d’un accompagnement pour vos proches. Choisissez des solutions open source et vérifiez que vous pouvez récupérer vos fonds sans le prestataire. Notre article sur le choix d’un portefeuille open source vous donne des critères utiles.

Les bases du droit successoral suisse

Les bitcoins font partie de la succession comme n’importe quel autre bien. Quelques notions essentielles :

  • Les réserves héréditaires : depuis la révision du droit des successions entrée en vigueur le 1er janvier 2023, seuls les descendants et le conjoint (ou partenaire enregistré) ont une réserve, égale à la moitié de leur part légale. Les parents n’ont plus de réserve. Vous disposez librement du reste (la quotité disponible).
  • Le testament olographe : il doit être entièrement écrit à la main, daté et signé par vous (art. 505 du Code civil). Il peut aussi être établi en la forme authentique devant notaire.
  • Le notaire : en Valais, il joue un rôle central dans la rédaction d’actes, les pactes successoraux et le partage. Il peut conserver votre testament, mais vous n’avez pas à lui confier votre seed.
  • Le certificat d’héritiers : il permet aux héritiers de prouver leurs droits auprès des banques et plateformes. Il ne sert à rien face à un portefeuille dont personne n’a les clés.

L’impôt sur les successions en Valais

Le canton du Valais perçoit un impôt sur les successions et donations (art. 111 et suivants de la loi fiscale cantonale). Bonne nouvelle pour les familles : l’impôt n’est pas perçu sur les attributions en faveur des parents de sang en ligne directe (enfants, petits-enfants, mais aussi parents), du conjoint non séparé, des enfants adoptifs et des concubins vivant ensemble depuis au moins 5 ans ou ayant un enfant commun (art. 112).

Pour les autres héritiers, les taux sont de 10 % pour la parentèle des père et mère (frères, sœurs, neveux, nièces), 15 % pour celle des grands-parents, 20 % pour celle des arrière-grands-parents et 25 % pour les autres bénéficiaires (art. 116). Les parts successorales nettes jusqu’à 20’000 francs et les donations jusqu’à 10’000 francs par an sont exonérées. Les biens sont estimés à leur valeur vénale au jour du décès (art. 114) : pour vos bitcoins, il faudra donc pouvoir documenter leur valeur à cette date. Source : extrait de la loi fiscale valaisanne (vs.ch).

N’oubliez pas non plus que les bitcoins doivent figurer dans votre déclaration d’impôt de votre vivant : une succession révèle souvent une fortune non déclarée, avec des rappels d’impôts à la clé pour les héritiers. Pour le volet fiscal, lisez notre article sur le cadre légal et la fiscalité de Bitcoin en Suisse.

Attention aux arnaques qui ciblent les héritiers

Un décès est un moment de vulnérabilité, et les escrocs le savent. Méfiez-vous en particulier :

  • Des faux « services de récupération » qui promettent de retrouver des bitcoins perdus ou de « casser » un portefeuille contre des frais payés d’avance. Dans la grande majorité des cas, c’est une arnaque.
  • Des personnes qui demandent la seed pour « vérifier » ou « débloquer » les fonds. Personne de légitime n’a besoin de vos 24 mots.
  • Des faux sites de portefeuilles et applications imitant les vraies, pour voler la seed au moment de la restauration.

Indiquez clairement dans votre lettre d’instructions : « Ne communiquez jamais la seed à quiconque, ne la tapez jamais sur un site web. » Notre guide sur le phishing et les arnaques courantes peut être partagé avec vos proches.

Une check-list pour commencer dès aujourd’hui

  • Faire l’inventaire de vos portefeuilles et sauvegardes.
  • Rédiger une lettre d’instructions claire, sans la seed en clair.
  • Mentionner l’existence de vos bitcoins dans votre testament ou auprès de votre notaire.
  • Choisir la solution adaptée : lettre simple, multisig, timelock ou garde collaborative.
  • Faire un test de restauration avec un petit montant, avec un proche.
  • Revoir le plan une fois par an.

Conclusion

Transmettre ses bitcoins demande un peu de préparation, mais c’est le prolongement naturel de la souveraineté financière. Un plan simple, testé et documenté vaut mieux qu’une solution parfaite que personne ne comprend. Chaque situation familiale est différente : pour un accompagnement personnalisé et confidentiel, réservez une consultation privée avec Bitcoin Valais.

Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Pour votre situation, consultez un notaire ou un fiscaliste.

A propos de l'auteur: Arnaud

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