Une conférence qui manque de rigueur sur Bitcoin

Récemment, l’Université de Lausanne et l’AGEFI ont organisé une conférence sur l’avenir des monnaies décentralisées. Parmi les intervenants, Jean-Pierre Danthine, ancien vice-président de la Banque Nationale Suisse (BNS), a exposé une vision biaisée de Bitcoin.

Selon lui, Bitcoin serait une bulle purement spéculative, incapable de fonctionner sans contrôle étatique, et son adoption serait un échec. Or, ces affirmations sont contredites par plusieurs sources fiables : l’étude de Chainalysis sur la criminalité (2024), les données de l’Agence Internationale de l’énergie sur la consommation énergétique, et l’analyse de la Banque Mondiale sur l’utilisation de Bitcoin dans les pays en développement. Ces affirmations, pourtant contredites par les faits, ont été diffusées dans un cadre académique censé enseigner l’économie avec rigueur.

Il est essentiel de revenir sur ces erreurs et de montrer pourquoi elles ne tiennent pas face à la réalité.

Bitcoin et la définition monétaire d’Aristote

L’une des critiques majeures contre Bitcoin est qu’il ne serait pas une « vraie » monnaie. Pourtant, pour évaluer son statut monétaire, il suffit de le comparer aux critères établis par Aristote, encore enseignés aujourd’hui :

  1. Un unité de compte – Sert de référence pour mesurer la valeur des biens et services.
  2. Moyen d’échange – Accepté dans les transactions économiques.
  3. Réserve de valeur – Permet de conserver du pouvoir d’achat dans le temps.
  4. Divisibilité et transportabilité – Facilement fractionnable et transmissible.

Bitcoin répond à ces quatre critères :

  • Un unité de compte : De plus en plus d’entreprises affichent les prix en Bitcoin.
  • Moyen d’échange : Des millions de transactions sont effectuées chaque jour, notamment via le Lightning Network.
  • Réserve de valeur : Contrairement aux monnaies fiduciaires, Bitcoin ne subit aucune dilution monétaire liée à la création ex nihilo.
  • Divisibilité et transportabilité : Un simple smartphone suffit pour stocker et transférer du Bitcoin, sans passer par des intermédiaires.

Le rejet catégorique de Bitcoin comme monnaie par un ancien dirigeant de la BNS démontre une incompréhension flagrante des fondements économiques les plus basiques.

Une monnaie doit-elle être centralisée ?

Un autre argument avancé lors de cette conférence est que toute monnaie doit être gérée par une autorité centrale pour fonctionner correctement. Or, l’histoire économique montre que ce n’est ni une nécessité ni une garantie de stabilité.

L’or a servi de monnaie pendant des millénaires sans être contrôlé par un État, et les banques centrales modernes ont régulièrement failli à leur mission en provoquant des bulles financières et des crises monétaires.

L’exemple du franc suisse est parlant :

  • En 100 ans, il a perdu plus de 90 % de sa valeur par rapport à l’or (source : Banque Nationale Suisse, historique des taux de change et de l’or).
  • Sa politique monétaire est dictée par des décisions politiques et économiques qui n’ont pas toujours servi l’intérêt général.
  • Les interventions des banques centrales ont souvent amplifié les déséquilibres économiques au lieu de les corriger.

Bitcoin, avec son offre limitée à 21 millions d’unités et son protocole transparent, offre une alternative qui n’est soumise ni aux manipulations politiques ni aux décisions arbitraires des banques centrales.

D’ailleurs, la BNS détient déjà des actions de MicroStrategy, une entreprise qui possède plus de 471 107 BTC. L’argument selon lequel elle ne devrait pas détenir directement de Bitcoin semble alors en contradiction avec sa propre stratégie d’investissement.

L’affirmation selon laquelle une monnaie doit être centralisée pour fonctionner relève d’un dogme dépassé, contredit par les faits et l’histoire.

Bitcoin, une menace criminelle et écologique ? Un mythe à démonter

Un autre argument fréquemment avancé contre Bitcoin est son prétendu rôle dans la criminalité et son impact environnemental. Ces affirmations, bien que populaires, ne résistent pas à une analyse rigoureuse.

Un outil favorisant la criminalité ?

L’idée que Bitcoin soit majoritairement utilisé pour des activités illicites est un mythe largement diffusé mais contredit par les données. En 2024, les transactions illicites en Bitcoin représentaient seulement 0,14 % du volume total, selon l’étude « Crypto Crime Report 2024 » de Chainalysis, à comparer aux transactions criminelles en dollars, bien supérieures en volume. Ce chiffre est inférieur à celui des transactions criminelles en dollars via les banques traditionnelles.

Contrairement aux idées reçues, la blockchain de Bitcoin est pseudonyme et transparente, ce qui permet aux autorités de tracer les flux financiers bien plus efficacement qu’avec du cash.

Un désastre écologique ?

Autre critique classique : Bitcoin consommerait trop d’énergie. Cependant, selon l’Agence Internationale de l’énergie et l’analyse de Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index (CBECI), Bitcoin consomme environ 0,1 % de l’énergie mondiale, avec une part croissante d’énergies renouvelables. En réalité, le réseau Bitcoin utilise moins de 0,1 % de l’énergie mondiale et fonctionne en grande partie grâce à des énergies renouvelables ou à des surplus d’électricité autrement gaspillés.

De plus, les mineurs de Bitcoin sont incités économiquement à rechercher l’énergie la moins chère, qui est souvent renouvelable ou issue de surplus inutilisés. Contrairement aux systèmes bancaires traditionnels, qui nécessitent une infrastructure physique massive, Bitcoin fonctionne de manière décentralisée et optimisée énergétiquement.

Bitcoin et son adoption mondiale

Autre critique formulée lors de la conférence : Bitcoin ne serait pas adopté et ne remplirait aucun besoin réel.

Cet argument est aisément réfutable par les faits. Dans des pays comme l’Argentine, la Turquie ou le Nigeria, où l’inflation détruit l’épargne des citoyens, Bitcoin est une solution concrète. Il permet également d’éviter les frais prohibitifs des intermédiaires traditionnels pour les transferts internationaux.

Quant à El Salvador, souvent cité comme un échec, il est essentiel de remettre les choses en perspective :

  • 8 % des Salvadoriens utilisent Bitcoin activement, soit une adoption plus rapide que celle des cartes bancaires avant 2021.
  • Le temps d’adoption d’une monnaie ne se mesure pas en quelques années mais en décennies.

Conclusion : une vision dépassée relayée dans un cadre académique

Mark Moss l’a bien résumé : « Les universités n’enseignent pas Bitcoin, car Bitcoin enseigne pourquoi nous n’avons pas besoin des universités pour comprendre l’économie ». Cette citation illustre parfaitement la situation actuelle où des institutions académiques censées promouvoir la réflexion critique diffusent des idées dépassées sur l’évolution monétaire.

L’Université de Lausanne, en accueillant ces arguments sans les confronter aux faits, contribue à diffuser des idées reçues plutôt qu’un véritable débat économique.

Bitcoin continue son adoption à travers le monde, porté par des besoins réels et une demande croissante. L’ignorer sous prétexte qu’il remet en cause le système bancaire actuel, c’est refuser d’admettre les transformations monétaires en cours.

La vraie question n’est pas de savoir si Bitcoin fonctionne ou non. Elle est de savoir combien de temps il faudra aux institutions académiques pour rattraper leur retard.

 

A propos de l'auteur: Arnaud

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